Abstraction

© Jacques Dolivet
© Jacques Dolivet

C'est à l'occasion de « Ouverture Ateliers d'Artistes » édition 2018, que Jean Jack Moulin présente pour la première fois  « Abstraction ». Interprétation personnelle liée à la solitude, l’éloignement, la disparition d’êtres chers et le vide qu’ils nous procurent. La « non présence » du sujet modifie ici les codes habituels de la photographie. Avec un sujet  « hors-champ », la série déstabilise donc, elle bouscule la notion d’instantanéité et celle du temps passé ou à venir reste simplement suggérée.


Abstraction#1

Abstraction#1 présente des scènes réelles et des ressentis vécus par le photographe. Jean Jack Moulin a souhaité confier son travail à Marion Fisher-Barre, comme il avait déjà pu le faire avec « Ut Pictura Poesis » en 2010. Cette fois encore son amie nous offre une écriture personnelle de la série mais, avec Abstraction#1, chacun de nous est finalement invité à se forger sa propre histoire.

 « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours ! »

Alphonse de Lamartine  -  extrait de « Le lac »


     Scènes de vie au fil de mes errances. Temps suspendu. Qui ai-je manqué ? Quelle présence ? L'inconnu le long du quai de gare, parti pour un ailleurs sur un chemin pédestre. Vers un renouveau ; vers une autre vie. Attendez monsieur... votre valise ! Il est déjà parti... n'était déjà plus là à mon arrivée.  Mais depuis quand ?
Mes pas me mènent à cet Océan, implacable de tranquillité où peut-être se sont noyés les mots des amoureux, leurs baisers sablés et leurs promesses joyeuses. Sans doute ont-ils rejoint quelques amis au bord de l'eau, les regardant surfer, riant enlacés et discutant du film qu'ils auraient aimé voir dans le vieux cinéma.
Je suis là et sens leur présence, la force de leur existence... leurs émotions glacent mon sang. Je pourrais les apercevoir en fermant les yeux et entendre battre leur cœur à la place du mien. Dans une incroyable harmonie. 
Mais un peu plus loin, mon regard est happé par cette voiture stationnée ! Est-elle abandonnée ? Elle attend le retour de son propriétaire. Non, il ne reviendra pas.
 
Destins croisés où l'absence reprend vie ou se fige et s'arrête. Le temps passe et pouvez-vous me dire que, réellement, rien ne se passe ?


Marion Fischer-Barre




Abstraction#2

Avec Abstraction#2 la démarche est relativement différente : l’auteur a travaillé sur un texte autour d’un « aller simple intérieur » lié à l’oubli qui s’installe inexorablement en chacun de nous afin de nous conduire sans retour possible vers une destination libératrice. Les images sélectionnées apportent ici une seconde écriture.

    Quelqu’un peut-il m’aider à trouver une lumière, un mince espoir de souvenir, un détail précis ?
Réminiscence qui construit, comme à chaque isolement, sa place dans un vide minutieusement organisé. Je suis arrivé trop tard mais est-ce vraiment important ? Entreprendre le dernier voyage pour le savoir reste la seule éventualité.
Mais vers quel inconnu partir ? Je hèle le néant, espère sentir mon corps transporté et peu importe finalement la destination. Un simple souffle m’apporterait une promesse de réconfort et illuminerait ma solitude.
Mais au lieu de cela se dresse la paroi, lisse et gigantesque, une incompréhension que je ne peux pourtant contourner telle une porte unique résolument verrouillée sur le monde d’avant dans lequel j’avais sans doute ma place. Mon esprit fugace s’égare un instant et ma vision se trouble dans une multitude de miroirs tourbillonnants entre ciel et marécages. Métamorphose du refuge idyllique, celui de mon enfance en un vestige d’une vie errante. Que me reste-t-il vraiment ? Trois marches gigantesques, l’odeur d’un cuir ciré sur des épaules trop fragiles et l’échappement d’un vieux Chausson qui allaient déchirer inexorablement ma jeunesse. Que me reste-t-il vraiment ? Le premier voyage… Celui vers l’océan, celui d’une invitation à effacer un à un les souvenirs de mon cocon familial.
Serait-ce à nouveau l’unique chemin ? Comment sortir de ce troublant labyrinthe ? S’il vous plaît… Une lumière, un mince espoir de souvenir, un détail précis !
Enfin la voie, unique, celle menant vers le ciel et ses remembrances. Club de plage, orgue de barbarie, queue de Mickey, jeu de ballon pour une adolescence si lointaine et déjà l’interdit, que je franchis, enfin libéré.

 

Jean Jack Moulin


Disponibles sur commande, des tirages d’art originaux* de  « Abstraction#1 » et « Abstraction#2 », numérotés et signés peuvent être réalisés.

Édition en série limitée à 30 exemplaires.
*Jet d’encre pigmentaire, encres Ultrachrome® K3, sur papier Hahnemühle FineArt Baryta - papier beaux-arts baryté, 325gr/m2.

Devis gratuit sur demande suivant formats et types d’encadrements.